jeu.
03
sept.
2009
Djenné
Aujourd'hui on doit visiter Djenné, enfin!! J'en rêve depuis de longs mois!!
Ah tien, j'ai retrouvé ma voix...
On quitte le village le cœur un peu serré.. Quelques kilomètres plus loin, on arrive au Bani, un affluent du Niger, il faut prendre le bac. Ça y est, on se sent vraiment touristes: on vient nous
vendre des colliers, des bijoux, des pagnes, des dattes, des beignets; on nous propose des guides... à des prix prohibitifs.. On décide de descendre du camion, et de se rendre à la ville en
pirogue, en effet, Djenné est une île! On se renseigne un peu, on peut traverser en pirogue, mais il reste 4 kilomètres avant l'entrée de la ville. Parfait! Un peu de marche, ça
fait longtemps!
Samuel préfère rester dans le camion et nous attendre jusqu'au soir. Ok, on part tous les deux Rachid. On rencontre un guide, « John Travolta », qu'on vous conseille si vous passez par là! Demandez John Travolta au niveau du bac, tout le monde le connais, c'est un guide officiel, avec qui on s'accorde pour la visite de la ville. C'est parti, on commence par traverser le fleuve en pirogue. Je trouve ça bien, ça donne le rythme du lieu. En effet, Djenné est intimement liée au fleuve et à ses affluents, voies principales du commerce... Elle est considérée comme la ville-sœur de Tombouctou (que nous n'auront pas l'occasion de visiter..), une ville connue pour son architecture de banco homogène, inscrite au patrimoine mondial de l'unesco. Djennée est fondée vers 750 par les Bozos, elle est un carrefour commercial important: lieu d'échange entre produits du Sud (ivoire, or, esclaves, laine, noix de colas...) et du Nord (sel, bijoux, textiles...). De nombreuses groupes s'y sont installés depuis: Somonos, Songhaïes, Bambaras, Mossis, Dogons, Sarakolés, Malankés... Aujourd'hui Djenné compte 16.000 habitants répartis en 13 quartiers...
On arrive sur l'autre berge, il nous faut parcourir les 4 kilomètres qui nous séparent encore de la ville. On monte à bord d'une charrette tirée par un cheval, décidément, on aura fait tous les moyens de transports ! En chemin on découvre de nouvelles constructions.. en terre... modernes et jolies ! Je suis contente, bien sûr que c'est possible !
Les portes de la ville, on traverse un pont pour y pénétrer. Une ville 100% terre! Qui a plusieurs centaines d'années, avec des constructions imposantes qui comptent plusieurs étages.. Il fait bon déambuler dans les ruelles. « John Travolta » nous raconte que Djenné fut un grand centre d'étude coraniques, d'ailleurs, ça n'est pas un hasard si la mosquée est si imposante.. Djenné est très réputée, aujourd'hui encore, pour ses marabouts. Un marabout, c'est un peu un sorcier, quelqu'un qui a des savoirs et des « pouvoirs surnaturels », il peut faire le bien comme le mal, les hommes les craignent et les respectent beaucoup, on entend de nombreuses histoires de marabouts qui ont jeté des sorts, sauvé des vies, etc... En tout cas, leurs demeures sont très grandes et remarquables, j'ai l'impression que la moitié de Djenné est habitée par des marabouts.. Notre guide nous explique comment lire les façades: des promontoires situés sur le toit terrasse indiquent le nombre de femmes et d'enfants qui vivent dans la demeure. Mais ça reste de la théorie, une belle histoire à compter aux touristes..
Je suis intriguée par des grands volumes situés en façades, souvent à côté d'escaliers. John Travolta (la classe!) m'explique qu'il s'agit des fosses septiques.. Des toilettes sèches !! En fait, ici les toilettes se situent en terrasse, en général au deuxième étage, et un grand volume (construit en terre tout comme la maison bien sûr) situé en dessous sert de fosse septique. Lorsque le volume est plein (deux étages, ça laisse un peu de marge!), on fait appel à quelqu'un qui se charge de la vider et qui revend tout ça pour fertiliser les terres agricoles.. Et ça fait des centaines d'années que ça fonctionne, je trouve ça magique, et c'est propre et ça ne sent pas.
Quelques fois, des mauvaises odeurs arrivent à nos narines en traversant la ville, mais elles sont dues aux égouts à ciel ouvert; aux déchets de nourriture qui pourrissent dans la rue.. La municipalité pourrait améliorer tout ça!
Alors que je me régale à photographier la ville sous toutes ces coutures, mes batteries d'appareil photo me lâchent.. C'est pas le moment! Et on n'a pas encore vu la mosquée ! Heureusement je
trouve quelques piles qui vont me dépanner.. au moins 30 minutes..
On arrive devant la mosquée, enfin! Majestueuse, immense, 75 mètres de long sur 35 mètres de haut; elle domine la place du marché, elle compte 10 portes: 8 pour les hommes et 2
pour les femmes.. Ben oui, ici, les femmes en âge de procréer n‘ont pas le droit de se rendre à la mosquée, il faut attendre d‘être vieille pour avoir ce privilège...
La construction a un siècle maintenant. En ce moment, elle fait l'objet d'une grande rénovation financée par l'Aga Khan (pour en savoir plus: http://www.akdn.org/). Ça me donne l'occasion d'avoir des renseignements sur les techniques de construction, ici, la terre est mélangée à des balles de riz, de l'eau et du beurre de karité. On laisse macérer le mélange plusieurs jours, voire plusieurs semaines avant de l'utiliser. C'est lorsque les balles de riz commencent à pourrir que le mélange devient imperméable. L'odeur n'est pas agréable au moment de la mise en œuvre, mais disparait dés le séchage des enduits, pour laisser une peau gris souris à l'ensemble de l'édifice défiant les intempéries de la saison des pluies. Traditionnellement, l'enduit de la mosquée est refait tous les ans par l'ensemble des habitants de Djenné. Cet entretien fait l'objet d'une grande fête.
On m'explique également qu'avant les « adobes » étaient de forme sphériques, et qu'elles prennent maintenant la forme de briques.
Comme mon appareil photo refuse de fonctionner correctement, on prend le temps de dessiner, ça fait longtemps!! Ça fait du bien de tracer les contours de ce que je vois: chaque élément, chaque forme questionne, c'est ça que j'aime dans les croquis; le crayon interroge. Ça fait du bien de prendre le temps de regarder, d'observer. Autour de nous la vie bat son plein, on est sur la place du marché, mais ça n'est pas le jour. Plusieurs personnes se penchent sur nos copies pour découvrir nos dessins.. Du coup nos questions trouvent rapidement des réponses..
Question repas, on se fait des sandwichs pain-beurre d'arachide.. Un peu gras mais trop bon!
Notre guide veut absolument nous amener au « tombeau de la jeune fille ».. A priori, lors de la fondation de la ville une jeune fille vierge a été enterrée vivante.. Ça ne nous enchante pas cette histoire, on n'ira pas voir sa pierre tombale. Et puis, il commence à se faire tard, on a de la marche pour rentrer et Samuel nous attends.. On remercie notre guide et on repart à pied. À la sortie de la ville, on découvre une association de sauvegarde de la ville de Djenné, avec un musée. On s'arrête pour voir ce qu'il s'y passe, et on a l'occasion de parler des problèmes actuels liés à l'architecture en terre, notamment le problème du bois qui se raréfie. En effet, ici toutes les dalles et les terrasses sont soutenues par des pièces de bois... de plus en plus rares dans les environs. Je leur parle des voûtes, et notamment de l'ONG « voûtes nubiennes », je leur laisse les coordonnées, on ne sait jamais! En tout cas ils sont contents..
On reprend la route pour retrouver Samuel.. On le retrouve en train de dormir sur le toit du camion.. On joue un peu avec les enfants qui nous ventent les mérites de leurs créations; petites voitures, camions, vélos.. faits de bric et de broques.. On craque, on s'installe sur la plage pour la nuit et on offre le cinéma pour les enfants et les familles qui habitent à côté. Une belle journée bien remplie !
