sam.
19
sept.
2009
Tiébélé, le village des femmes...
Nous arrivons en « pays Kassena ». Je sais que le village de Tiébélé est très visité, et j’essaye de prendre les devants pour ne pas nous faire
embarquer dans une « visite touristique » au cours de laquelle un guide nous raconte tout ce qu’on a envie d’entendre… J’ai été confrontée à ce problème à l’occasion de mon
travail de fin d’études au Cameroun, les « guides » se font un plaisir de nous raconter des mœurs croustillants pour nous, badauds européens que nous sommes, mais sans
réalité fondée derrière. En fait, ces visites sont plus un spectacle qu’autre chose, on nous raconte des histoires, des contes, (on parle de sorcellerie, de sacrifice, de harem…), et ça nous
plaît tellement qu’on le prend pour argent comptant!
Bref, on pourrait parler longtemps de cet aspect des choses. Moi je trouve que ces guides de grands talents de comédien pour s’inventer un passé aussi fouillé et détaillé qui
nous fait rêver…
Bon, du coup, je présente notre projet, et je cherche un guide qui a collaboré avec le laboratoire « Craterre » pour écrire plusieurs ouvrages sur la construction en
terre… De là où nous sommes, on ne peut pas voir la chefferie de Tiébélé, cette partie du village bien particulière qui obéit à une organisation, à des décorations et à des symboles qui nous
échappent totalement.
On commence la visite par une entrée dérobée… C’est déjà une première protection! En fait, la chefferie (100% terre évidemment!) est un véritable quartier fortifié, les
ruelles sont étroites, en enfilades, de nombreuses chicanes protègent l’accès aux habitations… D’ailleurs l’habitation du chef est un secret, à priori il déménage régulièrement, une
façon de se protéger!! Même les entrées des maisons sont très protégées. Un système de chicanes verticales rend l’accès à la maison quelque peu sportif, mais protège indéniablement des intrusions
inopinées!! Aucune flèche tirée depuis l’extérieur ne peut pénétrer à l’intérieur!
En tout cas, le côté magique du village vient des peintures qui recouvrent les murs de toutes les constructions. Gorgées de symboles d’histoires et de récits, ces murs racontent et protègent. Ils sont extraordinaires. De couleurs rouge (latérite), noire (pierre volcanique) et blanche (sorte de pierre calcaire), les dessins s’entrelacent et forment un décor unique au monde. Je n’ai jamais rien vu de pareil, à une telle échelle. C’est d’une grande beauté. Ce sont les femmes qui, tous les ans, après chaque saison des pluies, s’occupent de peindre la totalité des murs du village. On a presque le sentiment de déambuler dans une bande dessinée, dans un tableau en 3D… Cette visite a des allures surréaliste. Notre guide nous invite à entrer dans l’une des constructions de la chefferie. Il faut être souple et être nyctalope, mais ça vaut le détour! Pas facile à prendre en photo, mais l’avantage du flash c’est qu’on découvre des choses qu’on n’aurait jamais vues…!
Pour en savoir plus:
http://www.djoatina.fr/tiebele.html
A la sortie de la visite, plusieurs commerçants nous attendent avec des objets souvenirs: un « mini-marché » s’est installé le temps de notre visite. Demain,
c’est la fête de la fin du ramadan, et quelque argent supplémentaire pour faire la fête et des cadeaux à toute la famille sont les bienvenus.
De mon côté, je ne vais pas m’attarder sur les étalages, je préfère aller négocier pour pouvoir passer la nuit à l’auberge, juste à côté: la nuit tombe déjà. On arrive à
négocier un grand abri sous lequel on pourra disposer notre campement.
A la nuit tombée, on offre « le roi lion » à tout le village. Tout le monde est ravi, et on sent une ambiance de fête dans l’air…
