CRATerre
CRATerre (Centre international de recherches et d’applications pour la construction en terre) est une organisation non-gouvernementale fondée en 1979 et basée à Grenoble. Elle est composée d’une équipe internationale et pluridisciplinaire de bâtisseurs (architectes et ingénieurs) et est active dans plus de 80 pays.
Craterre est un laboratoire de recherche spécialisé dans la terre crue.
Il travaille sur deux axes :
- Le développement des savoirs sur des bases scientifiques et techniques (questions de la normalisation des techniques et des matériaux, du développement des savoirs-faire, de la transmission…),
- La question de la conservation et de la préservation du patrimoine en terre.
Le laboratoire a également un rôle de conseil permanent auprès des architectes et des entreprises. Il fait des analyses à la demande.
Craterre propose une formation, le DSAT (Diplôme de Spécialisation en Architecture de Terre), équivalent d’un doctorat, qui est ouvert à des gens du monde entier, de tout horizon (pas forcément architecte de formation) qui désirent se spécialiser dans la construction en terre. Elle a lieu tous les deux ans, la première année étant consacrée aux cours théoriques et pratiques, et la seconde à des stages et à un travail personnel. Il y a une sélection à l’entrée. Actuellement, il y a 23 étudiants de tous les continents.
Nous avons eu la chance d’assister avec eux à un cours pratique sur les enduits à la chaux par M Xavier Auplat qui est « artisan maçon des matériaux premiers ».
Voici quelques notes et quelques photos de la leçon…
Cours pratique: "les enduits à la chaux"
Pour rénover un mur en terre, il faut en retirer tout le ciment si il y en a, et faire tomber la terre qui a pris l’humidité derrière. A l’aide d’un compresseur, on souffle le mur afin de débarrasser des poussières.
On peut construire avec toutes les terres, à chaque terre sa technique. Xavier Auplat considère qu’un des grands intérêt de la terre c’est de la prendre sur place.
Pour enduire un mur, d’une manière générale il faut trois couches :
La première, grossière, pour reboucher les « trous », la seconde constitue le corps d’enduit et la troisième la finition.
Mais chaque chantier a ses caractèristiques et la théorie doit s’adapter au contexte. On peut multiplier ou réduire le nombre de couche selon la construction.
Quelques notions sur la chaux...
La chaux est fabriquée à partir du calcaire. La roche est cuite puis broyée (chaux vive), puis jetée dans l’eau pour l’«éteindre».
La chaux est plus ou moins dure. Plus le calcaire est dur et lourd (plus il est chauffé) plus on va vers le ciment, plus il est léger et poreux, plus on va vers la chaux aérienne. Plus l’indice donné sur les sacs de chaux est élevé (NHL) plus on est proche du ciment. La chaux hydraulique a un indice de NHL 2 à NHL 3.5.
Un enduit à la chaux sert à protéger un mur de l’eau. Il faut que le mortier proche du mur en terre soit soit plus dense, et que plus on va vers l’extérieur plus le mortier est lèger pour avoir un effet drainant. Les couches extérieures sont plus poreuses (effet gore-tex).
Les mortiers sont un savant mélange entre la chaux, le sable et la terre. La terre sert à teinter le mortier. Avant de l'utiliser dans le mortier, il faut la tamiser afin de travailler avec le même grain que le sable.
On dispose de 5 heures pour mettre en œuvre un mortier à base de chaux hydraulique, avant qu’il ne durcisse. Un enduit à base de chaux aérienne peut être préparée à l’avance (la veille) à condition de le recouvrir d’eau.
Traditionnellement il n’y a pas de badigeon sur les murs, il y a simplement une peinture.
Un proverbe dit :
« Le chaux-fournier* aura un fils maçon et un petit-fils peintre ».
*Le chaux-fournier est celui qui fabrique la chaux.
Travaux pratiques : j’ai assisté à la préparation d’un corps d’enduit.
Proportions : 3 volumes de sable / 1 de terre (pour la teinte) / 1 de chaux. Remarque : il faut tamiser la terre à la taille du sable.
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Entretien avec M Hubert Guillaud
M Hubert Guillaud est directeur scientifique de Craterre.
Il est architecte depuis 1981 et adhère à Craterre en 1986 (l’association Craterre éxiste depuis 1979).
Il est directeur scientifique du laboratoire avec M Patrice Doat ; il est responsable du réseau de la chaire de l’Unesco depuis 1998, qui regroupe 26 institutions.
M Guillaud me présente les différents programmes actuels dont il s’occupe :
- Africa 2009 : programme de formation, actions de promotions afin de redonner une conscience de la qualité du patrimoine en terre
- Le PAT 2007 : Patrimoine Architectural en Terre
Concernant les constructions en terre, il m’informe qu’actuellement on estime que 50% de l’humanité vit dans un habitat en terre crue. En France, les constructions en terre crue ont cessé après la seconde guerre mondiale.
J’en profite pour lui demander quelques définitions : à travers mes lectures et mes rencontres, les mots se confondent…
Glossaire spécial terre crue
Adobe : mot d’origine arabe qui désigne une brique de terre crue. Un mélange terre-paille-eau mise dans un moule, démoulée aussitôt et sèchée au soleil. Cette technique éxiste depuis le 5ème millénaire avant JC.
Torchis : désigne un mélange de terre associé à une structure (en bois..)
Bauge : Mélange de terre et de fibres végétales mises en œuvre sous la forme de murs de 50 à 60cm dépaisseur, non coffré.
Pisé : Technique qui nécessite une terre plus argileuse, avec une teneur en eau moindre, coffrage et tassage (cf la maison de Samuel)
Trumeaux : Eléments de murs en pisé préfabriqués en atelier (spécialiste : Nicolas Meunier en France)
Bloc de Terre Comprimée (BTC) : terre généralement stabilisée à l’aide d’un ciment ou de la chaux (~4-8%) avec peu d’eau mise sous presse. C’est M Raoult Ramirez (Colombie) qui a mis au point la presse moderne à BTC.
Banco / Poto-poto : façonnage direct, la terre est « sculptée » sur place par les artisans, et sèche en place.
... Je lui parle du projet avec la classe de St Clément : le projet de construire quelque chose avec la terre du site, et je lui présente la terre que j’ai rapportée.
...Il me parle des différents tests qu’il faut effectuer afin d’analyser et de trouver la meilleure manière de la mettre en œuvre:Test de sédimentation : diluer une poignée de terre dans un bocal, bien secouer et voir les différentes strates pour avoir les différentes proportions des éléments qui composent la terre : les parties végétales flottent, les éléments les plus lourds se déposent en premier, puis les plus lègers au dessus.. Il y a les analyses au tamis..
Il me conseille un ouvrage:
Romain Anger, Laetitia Fontaine.
éditions CRATerre, Villefontaine (Fr), 2005.
36 pages.
Qui est gratuitement téléchargeable sur la page suivante:
http://terre.grenoble.archi.fr/livresPUBLI.php
Je découvre le secret d’une bonne terre à construire : il faut une granulomètrie la plus complète possible. L’idéal est d’avoir tous les grains, du plus gros au plus fin afin qu’il y ait le maximum de cohésion entre eux. L’argile a simplement l’effet lubrifiant afin que chaque grain prenne sa place. Et la paille que l’on ajoute à certaines terres sert à remplacer les grains qui manquent.. Elémentaire !
Avant de nous quitter, M Guillaud me conseille d’aller consulter le site internet de Craterre sur lequel plusieurs ouvrages sont en ligne, afin de faire les tests appropriés sur la terre de St Clément.
http://terre.grenoble.archi.fr/
Il m’informe d'un grand projet de ville du
futur par Foster & Partners:
"Zero-carbon and zero waste city"
De nouvelles ambitions comme Masdar à Abu Dhabi..
Je vous conseille vivement d'aller faire un tour par là:
http://transit-city.blogspot.com/2007/11/et-si-la-ville-arabe-devenait-dsirable_15.html
Et que nombres d'autres grands architectes se penchent actuellement sur la terre: Rem Koolhaas, Renzo Piano, Shigeru Bhan..
Qui a dit que la terre était désuette ?
Notre entretien se termine sur quelques contacts précieux pour notre voyage.
Merci M Guillaud !
... et sur une information très importante: l'exposition "Grains de bâtisseurs" sera présente à La Villette à Paris à compter du 6 octobre !
A vos agendas !
Rencontre avec M Alexandre Douline
M Alexandre Douline enseigne la pratique de la terre, il a une formation en génie civil. M Douline travaille beaucoup en Afrique, avec les diocèses. Il essaye de mettre en place des filiaires de construction en terre crue, notament au Mali. Cela fait longtemps qu’il parcours l’Afrique pour redonner un savoir-faire, reconstruire des constructions… et des hommes. Sa satisfaction c’est lorsqu’il réussi à sortir des hommes d’une économie informelle vers une économie formelle.
Il me donne beaucoup de contacts et de projets à aller voir au Cameroun :
- Un projet de ferme agricole à Foumbat (près de Koutaba (Bafoussam – cf CEPAB) dans l’Ouest), lancé par le diocèse. La construction est en BTC, pierres et bois. Sur place nous pourrons contacter M Alain Tiya qui est conducteur de travaux. Aujourd’hui il est à son compte suite à ce projet.
- A Yaoundé, nous pourrons contacter M Jean-Victor Sendé qui a fait ses études ici à Grenoble et qui maintenant fait des projets en BTC.
Au Tchad, il nous conseille d’aller voir les projets de René Scheffer : le musée, l’école technique, l’ambassade de Suisse, le CEFOD - la bibliothèque de l’université catholique (N’Djamena). Ses constructions sont souvent recouvertes d’écailles de ciment. Sur place, nous pourrons contacter M Hammed Souleyman, qui a également fait ses études ici. Si nous avons l’occasion, un peu plus vers le Sud, à Pala, nous pourrons aller voir la procure, un beau projet de terre également.
… Au détour d’une photo M Douline m’explique que lorsque localement les gens chauffent les briques, ça n’est pas pour les cuire, c’est simplement pour les déshydrater.
En tout cas, merci pour tous ces tuyaux, j’espère que j’aurai l’occasion d’aller voir tous ces projets et de rencontrer ces gens..