La maison de Samuel

Samuel a retapé une maison dans l'Isère; Elle était vieille, avait souffert, ses précédents habitants l'avaient raffistollée tant bien que mal: du ciment par-ci, des agglos par-là... Mais l'un des murs pignons menaçait de tomber, et Samuel voulait le réparer.

 

La maison était née de la terre, construite avec la technique du pisé. Le pisé c'est de la "terre banchée"; en gros, on fait un moule du gabarit du mur voulu, on y met de la terre (10cm d'épaisseur maximum), puis on la tape très fort avec une sorte de pilon en fer pour la compacter au maximum. Impossible de rayer un mur de pisé avec un ongle tellement la terre est compactée.
Séduit par cette technique qui met en oeuvre la terre-même du site, qui respecte l'architecture éxistante, qu'il peut entreprendre lui-même (pas d'entreprise, pas de grosses machines), qui n'est pas chère et qui est belle, Samuel entreprend de reconstruire le mur pignon malade en pisé.


Il commence par se renseigner sur la technique. Au village, à Sermerieu, les anciens le prennent pour un fou, lui déconseillent cette technique.. Chacun y va de son petit refrain sur la question. Il contacte finalement Nicolas Meunier, un spécialiste du pisé en Haute Loire qui vient faire un diagnostic et donner des conseils pour les travaux.
Les travaux commencent en 2002, ils dureront 2,5 mois à deux sur le chantier.
Un échaffaudage est mis en place pour soutenir la charpente le temps des travaux. Le mur pignon qui menace de tomber est mis à terre.


Samuel prépare deux banches: l'une de 2 mètres de long et la seconde d'un mètre. Ainsi, il alterne les gabarit afin de ne pas fragiliser le mur avec des joints superposés (les planches disposées verticalement tiennent mieux compte-tenu des forces). Les joints et les renforts des angles se font à l'aide d'un mélange de chaux hydraulique et de sable (3 volumes de sable pour 1 volume de chaux).

 

 

La base du mur est constitué par une base en pierre afin de protèger la construction de l'eau au niveau du sol (bon chapeau - bonnes bottes !).
Le profil du mur est légèrement trapézoïdal, la base du mur est plus large que le reste, la terre ainsi mise en oeuvre résiste très bien à la compression mais pas du tout à la traction. Si une fissure verticale apparaît sur un mus en pisé, ça n'est pas inquiétant, par contre, si la fissure est horizontale...

 

La terre utilisée

Samuel mélange pour moitié la terre du mur précédent mis à terre et la terre du site. Le taux d'humidité est très important, il est idéal au printemps pour la région. A ce mélange, il y ajoute 1/4 d'un sac de chaux pour 40 pellettées de terre afin de la "renforcer", de la "stabiliser". Samuel me confiait que si c'était à refaire, il n'y ajouterait pas de chaux aujourd'hui. Avec du recul, il pense que ça n'est pas nécessaire.


Pour concasser et mélanger la terre, Samuel dispose deux pièces de bois, dispose la terre entre les deux et... passe le motoculteur.
La terre ainsi préparée est compactée au fur et à mesure dans les banches. Lorsqu'une banche est terminée, on la déplace, on fait un joint à la chaux horizontalement et on continue... Jusqu'à la faîtière.


Voyant le mur monter fièrement, les voisins venaient lui demander des conseils.

 

Quelques conseils

     - Pour répartir les forces lorsqu'on pose des poutres pour soutenir un plancher, une pièce de bois horizontale est nécessaire.


     - Pour faire une ouverture, il faut avoir au minimum un mètre de mur plein de part et d'autre. Pour lui, les problèmes à gèrer du mur en pisé sont principalement l'eau (bon chapeau - bonne botte) et les nuisibles qui aiment la terre pour s'y blottir...


Il a beaucoup aimé ce travail avec la terre.