Le Domaine de la Terre
Le « Domaine de la terre », un quartier de Villefontaine..
L'expérience de Villefontaine: un quartier en terre crue, son histoire...
Vers les années 80's, Jean Dethier, coopérant au Maroc, organise une grande exposition au Centre Georges Pompidou sur les constructions en terre crue à travers le monde. L’exposition a un grand
succés et M. Dethier propose une démonstration à grande échelle des potentialités de ce matériau en France. Un maître d’ouvrage, l’OPAC 34, se lance dans l’aventure pour construire des logements
sociaux. Un cahier des charges est défini par Craterre (laboratoire de recherche spécialiste de la terre crue), et un grand concours national est lancé auprès des architectes.
Une dizaine d’équipes sont retenues; 65 logements sortent de terre, un quartier entier, entre 1983 et 1985. Certaines constructions sont en pisé, d’autres en briques de terre
compressées.. Certaines équipes d’architectes prennnent le parti de montrer le matériau, d’autres au contraire le recouvrent de bardage ou d’enduit. Pour certaines d’entre elles, il est difficile de
deviner qu’elles sont faites de terre crue. Les bardages en bois leur donnent des allures de chalets et les briques de terre comprimées semblent être de la terre cuite…
Ces constructions ont aujourd’hui une quinzaine d’année. En voici quelques images…
Rencontre avec un locataire
Nous avons eu la chance de rencontrer un locataire, il vit dans une construction à deux étages, dont les murs sont en pisé, laissés à nus côté extérieur.
Nous lui avons demandé comment il trouvait son logement. Il nous a fait part de problèmes d’humidité et d’odeurs... Moi qui pensais que la terre régulait l’humidité et ne posait pas de problème d’odeurs !... Et puis, il constate qu’il fait trop froid l’hiver et trop chaud l’été dans son appartement... Ben alors, la terre ne régulerait pas la température grâce à son inertie ? Est-ce lié à un problème de mise en œuvre ? à la VMC ? Il nous informe que la toiture, à l’origine contenait de l’amiante (fibro-ciment) ; elle a été remplacée il y a quelques années par une couverture en plastique transparent, qui, du coup n’isole plus du tout, elle a un effet de serre l’été, et est une porte ouverte aux déperditions de chaleur l’hiver... Peut-être un élément de réponse. D’un rapide coup d’œil sur la façade, je constate également que les menuiseries sont en bois, avec simple vitrage... Peut-être une autre réponse..
Mon impression générale
J’ai été un peu déçue par la découverte de ce quartier. Sans doute parceque je m’attendais à un projet extraordinaire. Je pensais revoir et ressentir la douceur, la force de la terre comme il m’est arrivé de la vivre en d’autres lieux. A l’Isles d’Abeau, on sent que la pluie et le vent ont égratigné les murs, j’aurais sans doute aimé ces marques du temps dans un autre cadre, mais à côté des trottoirs recouverts de bitume ou de pavés, matériaux lisses, manufacturés, ces murs semblent plutôt décrépis, abandonnés, délaissés, trop bruts, pas finis.
Les constructions qui ne montrent pas le matériau de manière hostentatoire pourraient être en agglos, on ne verrait pas la différence depuis l’extérieur. Il faudrait y vivre sans doute pour ressentir les bienfaits de la terre. Malgré tout, je pense que Jean Dethier a réussi sa démonstration : on peut construire en terre crue à grande échelle en France.
Concernant les remarques du locataire que nous avons rencontré:
je pense qu’il n’est pas juste de rendre le matériau terre responsable de tous ces maux. Combien de logements construits dans les années 80’s ont ce type de problème (humidité, isolation..) ? Et, est-ce que pour autant qu’on remet en question le béton ? Non, on regarde plutôt du côté de la mise en œuvre. Je pense qu’il est juste de faire de même avec la terre.