QUOI ET POURQUOI ?

L’objectif : faire un reportage sur le matériau terre;  objets, chantiers et constructions contemporaines en terre, à travers l’Europe et l’Afrique.

Nos Motivations:

Rachid

   "Je suis artiste-peintre, pour ainsi dire né dans la terre, à Zagora, aux portes du désert. La terre m'a toujours fasciné, sous toutes ses formes, ses couleurs, crue, cuite, modelée, façonnée, découpée, mélangée.. L'homme l'utilise pour s'abriter, chauffer, refroidir, se nourrir, décorer.. Elle a de grandes potentialités, et elle est tellement belle ! J'ai commencé à travailler sur ce thème il y a maintenant plusieurs années. Aujourd'hui je pars à l'aventure pour découvrir d'"autres terres", d'autres formes... Je désire partager cette richesse avec le plus grand nombre à travers mes toiles et mes installations qui seront présentées à l'occasion d'une exposition qui voyagera tout autour de la terre..."

Delphine

   "Mon métier est d’imaginer, de sculpter des espaces de vie. En tant qu’architecte, quoi de plus attirant qu’un matériau naturel, sain, disponible en grande quantités, sur place, que l’on peut façonner de plusieurs manières et sculpter à notre guise en l’adoptant à de multiples utilisations ? Le rêve de se retrouver dans la situation d’un enfant sur la plage avec sa pelle et son seau construisant des châteaux exubérants qui ne sont limités que par son imagination et son savoir-faire…

   Et cela fait des milliers d’années que des hommes sculptent la terre, la découpent, la façonnent, la creusent pour y abriter leur famille, leur travail, leur prière.. Des habitations, des fortifications, des mosquées, des millions de constructions ont été et sont toujours bâties en terre. Elles traversent les années, témoignent d’un savoir faire ancestral, émerveillent le voyageur, et fascinent les économistes.. Rien, elles ne valent rien ces cases ocres qu’un jour un homme a fait jaillir de terre à la sueur de son front. Et pourtant, combien d’hommes vivent dans ces sculptures d’argile ?"

 

    A l'heure où l'on se retrouve confronté à l'épuisement des ressources mondiales, le matériau terre nous paraît être une belle réponse à ces problématiques dans différents domaines, notament celui de la construction. Il souffre cependant d’une image qui l’associe trop souvent à la ruralité et à la pauvreté. Heureusement des architectes se sont intéressés à ce matériau et ont montrés qu’il avait une place à prendre dans l’architecture contemporaine, pour preuve les travaux de Rick-Joy aux Etats-Unis ou de Martin Rauch en Autriche. La terre nous fascine également car il rend l’homme libre : en Afrique, sans argent, en milieu rural, chaque homme est capable d’avoir un toit où dormir, ce rituel fait d’ailleurs partie de son initiation.

Le plaisir du voyage : des moments de découverte, de partage, de rencontre et d’échange.

 

   Lorsque l’on est "touriste", et que l’on voyage en Afrique, on est forcément perçu comme riche. Ce qui n’est pas faut d’ailleurs en regard à la différence de niveau de vie. Et du coup, on est sans cesse sollicité par les adultes et par les enfants : « donne moi le bic », « donne-moi le cadeau » ! Qui ne tente rien n’a rien après tout !

   Le problème est connu, ces gestes qui paraissent si « humanitaires » et anecdotiques alimentent des réseaux économiques parallèles et fragilisent l’économie locale. Ainsi, des enfants arrivent à « gagner » plus que leurs parents en allant « traire le touriste »... Les enfants ne vont plus à l’école, les parents sont tentés d’encourager les enfants à mendier.. Ce sont les effets pervers de nos « dons » qui en plus nous donnent bonne conscience !

 

   Cependant, arriver dans un village, prendre quelques photos et repartir ne nous plaît guère, nous avons à cœur de donner quelque chose « en échange », mais quoi ? … On a trouvé : nous allons proposer des projections de films dans les villages que nous traverserons. C’est pour nous une manière simple de donner, de partager : le cinéma du désert. Projeter un film sur le mur d’une école en plein désert demande peu de moyen. Un peu de matériel, de l’électricité, quelques bancs, des nattes que les habitants apporteraient pour l’occasion… Un moment de plaisir et de partage offert aux habitants.

   Concernant le genre des films, nous comptons proposer des vidéos qui abordent l’Afrique d’une manière ou d’une autre, afin de permettre aux spectateurs de se sentir concernés. On pense aux films de Michel Ocelot « Kirikou », « Azur et Asmar », à « Les dieux sont tombés sur la tête », au « Maître des éléphants »…

“En même temps qu’il transporte à des milliers de kilomètres,
le voyage fait gravir ou descendre quelques degrés

dans l’échelle des statuts.

Il déplace, mais aussi, il déclasse

- pour le meilleur ou pour le pire -

et la couleur et la saveur des lieux

ne peuvent être dissociées du
rang toujours imprévu où il vous installe pour les goûter.”

C. Levi-Strauss